La structure du combat


par Konstantin Komarov (mai 2006)

Source : Russian Martial Art

Traduit par Alexandre Jeannette

Dans mon adolescence j’ai assisté à un incident qui m’a profondément marqué et me fait encore réfléchir. J’avais 13 ou 14 ans, un âge où l’on commence à vouloir s’affirmer. Les temps étaient durs et ma ville natale était la proie d’une criminalité constante et les bagarres entre voyous et bandes rivales étaient fréquentes. Traverser la ville à pied était devenu une activité dangereuse : vous risquiez d’être dépouillé, humilié ou passé à tabac. En d’autres mots un endroit peu recommandable et à l’époque j’aurais voulu savoir me défendre.

Voici ce qui arriva. La scène se déroulait un soir d’été dans un parc, à la sortie d’une boite de nuit. Mes amis et moi traversions le parc en courant pour aller voir un film. Un de mes lacets s’était défait et je fis une pause. A ce moment là je vis un vieil homme marcher dans une allée (à l’époque il me semblait vieux mais je pense maintenant qu’il n’avait pas plus de 60 ans). Il était petit et maigre, ses cheveux étaient gris et il se tenait très droit. Il était simplement en train de se promener, les mains croisées dans le dos. Il portait une veste légère et une casquette. On pouvait voir une médaille militaire sur sa veste. Il était visiblement en train de se relaxer dans le parc. Soudain, deux voyous, visiblement éméchées, se dirigèrent vers lui. Ils avaient tous les signes distinctifs du délinquant récidiviste, des tatouages aux bagues en or. Ils bloquèrent le chemin du vieil homme et lui dirent : « eh vieux débris, file ton feu ».

J’eus très peur pour le vieil homme. Je voyais déjà ces deux voyous passer à tabac un vétéran, sans le moindre respect pour son âge ou ses médailles, alors qu’il ne leur arrivait même pas à l’épaule. Mais le vieil homme ne paraissait pas impressionné le moins du monde, il s’approcha d’eux, les observa attentivement et leur dit : « alors les garçons, votre mère ne vous a jamais appris à respecter les anciens ? ». Il bougea ensuite sa main droite si vite que je ne vis même pas ce qu’il avait fait. J’ai vu ensuite un des voyou mettre ses mains sur sa gorge, la bouche grande ouverte et s’effondrer à genoux. Le vieil homme fit ensuite un mouvement de sa main gauche et l’autre brute se plia en deux en tenant son entrejambe et en gémissant. Le vieil homme reste là à observer la situation et dit ensuite de façon très calme mais très claire : « si je vous croise encore une fois je vous tuerais tous les deux ». Il replaça ses mains dans son dos et continua sa promenade.

Les deux voyous ne poursuivirent pas le vieillard, ce qui était assez inhabituel. Ils ne récupérèrent qu’au bout de quelques minutes et sortirent du parc sans demander leur reste. C’était surprenant car la « tradition » voulait que celui qui viens de se prendre une volée invective son adversaire, particulièrement parmi les délinquants. Il était impossible de les faire taire et ne « lâchaient pas l’affaire ». Je couru dans l’allée pour voir le vieil homme de plus près mais je ne parvint pas à le trouver.

Je retrouvais ensuite mes amis et ils furent également impressionnés par cette histoire. Elle nous semblait inexplicable. C’était différent de tout ce que nous avions vus ou vécus. Ce qui tranchait le plus était le calme et la confiance en soi qui se dégageait des mouvement du vieil homme. Comme s’il ne faisait rien de plus que décapsuler une bouteille de bière.

Des années plus tard en examinant cette histoire j’ai pu confirmer et surtout comprendre que l’élément clé dans une confrontation était la condition psychologique. Mais comment surmonter notre peur naturelle ? Je ne pouvais pas le comprendre à ce moment là. Cette confrontation fut pendant de nombreuses années un idéal inatteignable pour moi. L’efficacité, la simplicité et la capacité à tirer parti de la situation n’est possible que dans un état de calme complet, de confiance et de contrôle sur la peur. Tout y était, je l’avais vu de mes propres yeux. C’était mon premier contact avec une véritable maitrise et la première fois que j’ai réalisé que la compétence ne se trouve pas dans le corps mais dans la psyché, l’esprit. Un telle personne peut-être tuée mais elle ne peut-être vaincue.

Le fondement de toute confrontation est le timing, la précision et la simplicité. La fondation de ce trio est une psyché calme et équilibrée, un esprit clair et solide. Comment atteindre cet état ? Il existe de nombreux moyens, via le corps ou la psyché ou inversement ou directement vers l’esprit. Chaque personne choisie sa propre voie. Mais pour en choisir une vous devez savoir quelles sont vos options, les essayer et vous tester.

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A propos alexandresystema

Pratiquant de Systema assidu et traducteur occasionnel
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