Au bout du compte


Par Konstantin Komarov (mars 2010)

Source : Russian Martial Art

Traduit par Alexandre Jeannette

Quelle est la chose la plus importante dans une pratique artistique ? Pour un artiste, un musicien ou un poète c’est l’inspiration : une disposition de l’esprit qui peut difficilement être décrite mais sans laquelle il n’y a pas d’art, seulement de l’artisanat.

Dans ce cas quelle est la « clé » des arts martiaux : la force ? L’agilité ? Le tonus ? Peut-être la connaissance de techniques secrètes ? Je ne crois pas… Laissez moi partager une histoire avec vous afin d’illustrer mon point de vue.

J’ai récemment eu la chance de travailler avec une équipe de gardes du corps assigné à la protection d’un officiel de haut rang. Ces gars étaient la crème-de-la-crème [en français dans le texte n.d.t], l’élite. C’était tous des athlètes, pesant au minimum 110 kg, maitres dans divers arts martiaux, d’anciens champions de niveau international. Au milieu d’eux il y avait un type, sans titres et sans médailles, un gars de la campagne bien plus petit que les autres. La manière dont il avait pu finir dans cette équipe était un mystère pour moi.

Au cours de l’entrainement il se révéla être le combattant le plus solide, le plus efficace et le plus dangereux. Quand je parle de combattant je ne vous parle pas d’une star du sparring mais de quelqu’un plongé dans un entrainement proche du combat réel : mené à un train d’enfer, difficile, douloureux et effrayant… Le genre de conditions d’entrainement nécessaires pour une équipe trop confiante et pleine d’illusions sur ses « super pouvoirs ».

Par exemple un des exercices les plus basiques consistait à emmener un VIP à travers une foule agressive. Les personnes dans la foule ne cherchait pas qu’à agripper ou frapper le VIP mais à jouer sur les émotions des gardes du corps : perturber leur équilibre mental en les mettant en colère en les insultant ou en les intimidant. Comme la « foule » connaissait très bien les points sensibles de chaque entrainé le travail était souvent brutal, à la limite de la crise de nerfs.

Ce travail a rapidement dissipé quelques illusions et clarifié plusieurs choses. La psyché des athlètes ne tenait pas face à un stress élevé. Dans les situations limites ils perdaient leur self-control et se jetaient sur la source de la menace ou tombaient à divers degré de stupeur. Aucune compétence, physique ou autres, ne pouvait les aider : leurs corps se raidissaient sous la tension musculaire et leurs mouvements devenaient rigides, maladroits, agités, imprécis et inadaptés à la tâche en cours.

En revanche, le calme du gars de la campagne était surprenant. En dépit de sa taille et de son physique modeste (comparé à ses collègues) il se sortait des situations les plus difficiles. Je l’interrogeais alors sur son passé. Il répondit honnêtement qu’il s’était occupé des tâches domestiques et des travaux de la ferme depuis son plus jeune âge. Il aimait aussi se rendre au bal du village voisin avec des amis pour se bagarrer avec les gars du coin…

Alors quel est le facteur clé, l’élément indispensable dans un art martial ? Apparemment il ne s’agit pas des paramètres physiques mais de quelque chose d’autre. Quelque chose qui permet d’utiliser ses capacités physiques et ses compétences dans n’importe quelle situation. Cet élément c’est la psyché ou plus précisément un état psychique qui permet un travail optimal du corps (muscles et cerveau compris) : relax, fluide, efficace et spontané (c’est à dire plus rapide que la pensée). Cet état optimal (cette « zone » [dans notre état de conscience n.d.t]) permet de calmer l’esprit conscient et de libérer le corps : ce dernier peut ainsi créer une réponse naturelle à n’importe quelle situation.

Cet état est la fondation sur laquelle se construit un art martial. Il s’agit d’un état propre à l’homme, pas celui d’un animal ou d’un monstre [que nous essayerions de copier n.d.t]. Cet état, que nous décrivons comme un corps libre et préparé, est plus simple à utiliser comme fondation pour bâtir de nouvelles compétences : mouvement, défense, frappe, lutte, tir, etc.

Bien sûr chacun peut atteindre cet état en prenant un autre chemin : en passant par le corps au travers d’exercices spécifiques et en apprenant des techniques. Ce chemin est en revanche très long et donne des résultats discutables.

Souvent lorsque les gens étudient des techniques, suivent des modèles, font de la musculation et apprennent les divers secrets de leur art ils essayent simplement d’étouffer leur peur. C’est une tentative inconsciente de gagner en confiance et en sérénité : cet état dont nous parlions plus haut. Mais errer ainsi en ne sachant pas ce que l’on cherche créée une illusion dangereuse qui vole en éclats au premier contact avec la vie réelle.

Ce n’est pas le corps qui remporte les batailles mais l’esprit. Ces mots nous ramènent à une sagesse plus ancienne où l’homme spirituel est placé au-dessus de l’homme de chair. Atteindre l’état que nous avons décrit est le premier pas qui nous conduit à entrer en relation avec notre esprit. Cet esprit qui constitue le noyau irréductible de tout homme.

Mais comment faire ce premier pas ? Qu’est-ce que cet état exactement ? Comment le trouver, le sentir et le maintenir ? Comment vivre dans cet état, non pas juste pendant la bataille mais dans notre quotidien (ce qui est souvent le plus important).

Il faut le découvrir en groupe car l’homme ne se développe correctement qu’au travers de l’amour et de ses semblables. Avec des partenaires parce qu’un voyage de plusieurs milliers de kilomètres commence par un seul pas, mais pour faire ce pas il faut d’abord savoir quel direction prendre.

Ensemble parce que le Systema est bien plus qu’un art de combat, c’est un art de vie.

Alors bienvenue dans la vie !

Je vous souhaite à tous joie, amour et chance !

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A propos alexandresystema

Pratiquant de Systema assidu et traducteur occasionnel
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