L’entrainement fluide du Systema : une alternative à l’entrainement par conditionnement (Partie II)


La suite de l’article de Kevin Secours, en conclusion, deux vidéos reliées, à mon avis, à ce sujet. Bonne lecture. 

Comprendre le stress du combat
Nous sommes nombreux à avoir été élevé dans le mythe que dans les situations extrêmes les humains se comportent de façon extraordinaire. Si cela peut-être vrai d’un point de vue spirituel ou moral d’un point de vu strictement physique la réalité est tout autre : le stress affaiblit et détériore nos performances. Des études ont démontré en particulier que le stress lié au combat déclenche notre mécanisme de survie le plus basique : la réaction de lutte ou de fuite. Découverte par un physiologiste d’Harvard, Walter Cannon, en 1911 cette réaction se déclenche lorsque notre cerveau perçoit une menace, qu’elle soit réelle ou imaginaire, indiquant à diverses glandes de déverser des substances chimiques et des hormones en grande quantité dans notre flux sanguin (Cannon, 1911; Ledoux : 212-214).
Alors que l’adrénaline et le cortisol se répandent dans notre corps, ce dernier atteint un niveau de vigilance maximum. De nombreuses fonctions corporelles sont donc priorisées : notre champ de vision se réduit afin de réduire les risques de distraction et notre vision s’intensifie pour repérer des ennemis potentiels dans notre environnement immédiat. Les fonctions secondaires comme les pulsions sexuelles ou la digestion sont temporairement court-circuitées. Le flux sanguin vers les extrémités est diminué afin de réduire le risque de perte de sang en cas de blessures et redirigé vers les grands groupes musculaires afin de nous permettre de lutter ou de fuir avec plus d’énergie. Des millions de cellules nerveuses s’activent en une fraction de seconde, armant toutes notre « arsenal » corporel, nous permettant de courir plus vite, de frapper plus fort et de supporter davantage de douleur (Shillingford, 2000:18).
La réponse d’alarme peut-être déclenchée chaque fois que nous percevons une menace, l’éventail est large : des tremblements du combattant qui va entrer dans le ring jusqu’à des actions purement réflexes comme la fermeture des voies respiratoires pour stopper l’arrivée de l’eau (un réflexe connu sous le nom de laryngospasme) en cas de noyade. Du point de vue du combat , quelque soit l’art martial ou le sport de combat que vous pratiquez, si votre cerveau trouve qu’un stimulus est suffisamment urgent votre réaction d’alarme prendra le dessus. La question reste donc :

  • Que peut-on faire pour diriger ou améliorer la réponse « voie courte » contenue dans notre réaction d’alarme ?
  • Que peut-on faire pour maintenir une « voie longue » des fonctions du cerveau afin d’empêcher le déclenchement d’une voie courte ?

[ou : comment ne pas chier dans son froc ou arracher la glotte de quelqu’un dés qu’on voit un couteau n.d.t]

Intégrer la réaction d’alarme dans l’entrainement au combat
Les chercheurs militaires du 20ème siècle ont rapidement saisi que même si la réaction d’alarme avait des effets débilitant, en limitant notre pensée rationnelle et les mouvements des moteurs musculaires fins, elle répondait à un besoin de survie qui a permis à notre espèce de rester en vie pendant des millénaires. Les chercheurs militaires occidentaux ont donc lancé un mouvement conduisant à une simplification des techniques de combat. Les mouvements faisant appel aux groupes musculaires les plus importants, comme les mouvements de défense très large ou les frappes « massues » ont remplacés les techniques plus complexes. Les méthodes d’entrainement occidentales ont donc renforcé l’usage de mouvements universels ou « réutilisables » : ils pouvaient être utilisés contre toute une variété de menaces sans nécessiter de modifications. Par exemple un mouvement circulaire du bras était utilisé aussi bien pour rediriger un coup de pied ou un coup de poing que pour frapper un membre, le torse ou tenter une désarme. Le soldat s’habituant à réagir dans des conditions extrêmes, la probabilité d’être « paralysé par la peur » diminuait drastiquement (Shillingford, 2000 : 18 ; 41-43).
Un des pionniers de l’armée américaine dans ce domaine, le Colonel Rex Applegate et son ouvrage fondateur « Tuer ou être tué » écrivait : « l’expérience militaire, au combat et dans les centre d’entrainement du monde entier ont montré qu’un homme ordinaire peut rapidement être transformé en un combattant offensif et dangereux en se concentrant sur quelques principes de base du combat et en mettant en avant les frappes réalisées avec les mains, les pieds et d’autres parties du corps. » (Applegate, 1976:4).
Au-delà de la simplification des techniques, les entraîneurs militaires du siècle dernier ont aussi beaucoup expérimenté le conditionnement de réflexes dans notre corps via un entrainement fondé sur le couple « stimulus-réponse ». Pour simplifier, cet entrainement implique de créer pour un stimulus particulier une réponse spécifique. Nous sommes sommes tous familier avec l’exemple classique du chien de Pavlov. Une clochette sonnait chaque fois que le chien était nourrit. Au bout d’un moment le chien associa le son de la clochette à la nourriture au point qu’il se mettait à saliver dés qu’il l’entendait.
Un autre exemple d’entrainement de ce type sont les exercices d’incendies. La plupart d’entre nous ont été conditionné pour se mettre en ligne et évacuer les lieux dés que l’alarme incendie retentissait [c’est sur qu’en France nous sommes moins nombreux à partager ce souvenir vu la sécurité de nos écoles… n.d.t]. En maintenant un lien clair entre le stimulus et la réponse demandée et en l’associant à la répétition il devient possible de littéralement reprogrammer nos réflexes. En fait, la recherche a démontré qu’une exposition répétée à un stimulus précis, aussi intimidant qu’il puisse être est capable d’éliminer l’anxiété qui lui est reliée (Ornstein, 1991:p92). En d’autres termes : la familiarité élimine la peur. Les militaires ont perfectionné cette forme de conditionnement depuis le début du 20ème siècle . Les simulateurs de vols, le tir sportif, les parties de paintball et les FPS [First Person Shooters : jeu de tir à la première personnes sur consoles et PCs n.d.t] sont d’excellent exemples d’entrainement stimulus-réponse moderne.
Un des experts mondiaux [selon son éditeur tout du moins, je me méfie des experts auto-proclamés n.d.t] sur le conditionnement dans l’entraînement militaire est le Lieutenant Colonel David Grossman (U.S army, à la retraite). Un ancien ranger et professeur de psychologie à Westpoint, Grossman est l’auteur de « On killing, le coût Psychologique de l’apprentissage à tuer en guerre et dans la société » et parle beaucoup des effets des médias sur l’entretien d’attitudes violentes. Grossman note que les humains, comme la plupart des espèces sur la planète ont une aversion naturelle au meurtre d’un membre de leur propre espèce. Il s’agit d’un des effets d’une évolution réussie puisque les espèces capables de se regrouper pour combattre leurs prédateurs ont plus de chance de survivre que celles qui ont une tendance à s’entretuer. Grossman cite les travaux de Konrad Lorenz où il note que lorsque des animaux dotés de bois ou de cornes s’affrontent ils le font cornes contre cornes de façon inoffensive alors que lorsqu’ils affrontent d’autres espèces il tentent de passer sur le côté pour les éventrer. Les piranhas planteront leurs dents dans tout ce qui se présentent mais ils ne font que « lutter » avec leurs congénères. Pratiquement chaque espèce à une répulsion innée au meurtre de ses congénères (Grossman, 1996:6).
A première vue, la plupart de nos lecteurs pourraient mettre en question l’existence de cet interdit. La simple quantité de violence visible au journal télévisé impliquerait plutôt l’inverse. Pourtant cet inhibition a été largement documentée et étudiée. Dans son livre « The Code of the Warrior », Rick Field cite de nombreux rapports sur des guerres tribales qui illustrent comment les cultures traditionnelles renâcle à se blesser, même au cours d’un conflit. Il suggère que cela est dû à leur connexion plus intime avec le cycle de la vie et un sens aigu de leur propre mortalité qui fait que leur utilisation de méthodes plus létales est restreinte. Si la guerre et les conflits violents ont souvent servis, selon l’expression de Field, « d’antidote culturel » aux problèmes sociaux et parfois à garantir un équilibre écologique via un contrôle de la population, elle est rapidement devenue dépassée et inutile. (Field, 1991:24-27). William Ury, le directeur du Global Negotiation Project d’Harvard et un expert reconnu en négociations fait écho à ces découvertes et note que les « preuves » historiques démontrant la « barbarie » de notre espèce ont été vues au travers du prisme de nos préjugés (Ury,2002:11-18). Nous partons du principe que nos ancêtres étaient plus violent parce qu’ils étaient plus primitifs mais la réalité est que la grande majorité des humains ne désire pas blesser ses congénères. Plus loin dans cet article j’aborderais le danger inhérent aux méthodes de conditionnement modernes qui cherchent à faire sauter cette « sécurité » et je tenterais de montrer comment la volonté latente de blesser des membres de notre propre espèce vient des méthodes de conditionnement propres à nos médias de masse.

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A propos alexandresystema

Pratiquant de Systema assidu et traducteur occasionnel
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2 commentaires pour L’entrainement fluide du Systema : une alternative à l’entrainement par conditionnement (Partie II)

  1. IK dit :

    Bonjour,

    Je guettais la suite de cet article depuis plusieurs semaines et je ne suis pas déçu ; Merci.
    Cela va complètement dans le ressenti que j’ai pu avoir en Ex-Yougoslavie il y a bientôt dix ans. On s’entraîne sur des techniques opérationnelles savantes pour finir , en situation de stress, par restituer quelques fondamentaux et comme vous le dites si bien à « lutter pour ne pas chier dans son froc ».Les récentes expériences opérationnelles et les retours d’expériences des forces françaises ont transformé les enseignements dispensés dans les centres de formation et aujourd’hui on est revenu à des basics applicable à de multiples siuation; je suis persuadé que dans les années à venir la gestion par la respiration finira par parachever cette démarche…Le Systema y a toute sa place !
    Très cordialement.
    I.K

    • Bonjour,

      Merci pour votre commentaire. Je suis moi-même parti en opex en Ex-Yougoslavie au cours de l’hiver 95-96. Je suis ravi d’apprendre que les enseignements dispensés en centre de formation ont évolués depuis lors. En plus en tenant compte des retours d’expérience, qui constituent à mon avis, un des rares critères de jugement valable sur le sujet.

      A bientôt !

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