Systema et neurones miroir (1/2)


par le Dr Andrea Bisaz (juillet 2012)

Source : Russian Martial Art

Traduit par Alexandre Jeannette

Note du traducteur : désolé pour ma longue absence. Je reviens avec un excellent article du Dr Andrea Bisaz. Il est relativement technique mais la vidéo située en fin d’article devrait vous aider à bien saisir ce que sont ces fameux neurones miroirs (vous pouvez sélectionner les sous-titre en bas à droite). J’ai fait quelques coupes dans le texte original (3 trois paragraphes) afin d’obtenir le texte le plus clair possible. Les paragraphes concernés entraient dans un niveau de détails qui ne nous semblait pas nécessaire à la compréhension du sujet. La deuxième partie de cette article passera en revue les applications pratiques des principes exposés ici. Bonne lecture !

Il est toujours intéressant de voir qu’une observation attentive du comportement humain peut déboucher sur des principes de combat à la fois efficaces et discrets. Ce dont je vais parler n’a rien de nouveau pour les pratiquants expérimentés, nous avons déjà entendu Mikhail Ryabko et Vladimir Vasiliev parler de ces principes à de nombreuses reprises. Ce qui est en revanche fascinant c’est de voir que les recherches actuelles en neurosciences valident ces principes. Comprendre de manière simple comment les choses fonctionnent (ou pourraient fonctionner) dans le système nerveux peut nous permettre d’avoir un entrainement plus précis et plus fructueux.

Vous êtes vous déjà demandé de quelle manière nous pouvions percevoir les mouvements des gens, leurs intentions et leurs émotions ? Comment nous pouvions interpréter les expressions faciales d’autrui et contrôler l’expression de nos propres émotions ? Peut-on vraiment se fier à notre intuition ? Qu’est-ce qui rend nos mouvements visibles ou invisibles ? Comment nos pensées conscientes et notre tension interfère avec nos actions intuitives subconscientes ? Où la volonté de combattre prend-elle sa source ?… Pour résumer : qu’est-ce qui est à l’origine de l’efficacité du Systema ?

Les réponses à ces questions ont une chose en commun : les neurones miroirs.

Jusqu’à présent nous pensions que les intentions et les mouvements de notre adversaire étaient évalués de la manière suivante : nous observons notre adversaire puis nous en créons une image mentale. Ses déplacements et ses expressions sont ensuite analysés par le biais d’un raisonnement intellectuel. Ce raisonnement est fondé sur nos connaissances et notre vécu. La découverte des neurones miroir nous a montré que notre cerveau a des moyens beaucoup plus élégant et efficace d’atteindre ce résultat.

Pour résumer, lorsque nous observons une autre personne notre cerveau « imite » immédiatement les mêmes actions que cette personne en utilisant les neurones miroir. Cette imitation ne se traduit pas dans les muscles et se fait de manière inconsciente. Tout le reste en revanche, fonctionne comme si nous étions en train d’accomplir la même action. Nos cerveaux vont activer des hormones et relier à ce mouvement des émotions, des sentiments et des souvenirs comme si vous nous venions de faire le même. La seule sensation consciente que l’on peut avoir (le cas échéant) est une intuition. Cette méthode élégante nous permet de comprendre immédiatement l’intention de l’adversaire via nos propres intentions, celles que nous aurions en utilisant les mêmes mouvements, les mêmes expressions faciales, etc.

Comme nous l’avons vu dans mon précédent article notre cerveau créé une réponse à l’action observée et réfléchie par les neurones miroirs avant même que nous en soyons conscient. Si nous parvenons à rester calme et relaxé, notre cerveau passe en « pilote automatique ». Au moment où nous réagissons notre cerveau est déjà en action : nos actions se mêlent à celles de l’adversaire. Afin de pouvoir activer nos muscles et éviter la confusion notre cerveau a des zones spécialisées qui suivent nos mouvements et les distinguent des mouvements réfléchies par les neurones miroirs [en gros, notre cerveau pensent gentiment à faire la distinction entre nos mouvements et ceux de l’adversaire n.d.t].

Il est intéressant de noter que si la réaction de notre corps correspond à ce qui était voulu, l’image de nous même dans le cerveau disparaît ce qui nous permet de nous consacrer totalement à notre adversaire. La seule image active dans notre cerveau est celle de notre adversaire. En revanche si nous faisons une erreur ou sommes surpris, la visualisation de notre action demeure, nous donnant l’opportunité d’apprendre et de rectifier notre erreur. Notre système nerveux est constamment en train d’observer nos performance et de les comparer à nos attentes. [Pour résumer : si ce que vous faites fonctionne correctement vous cessez de pensez à ce que vous êtes en train de faire ce qui vous permet de concentrer toute votre attention à votre adversaire. Si vous faites une boulette vous êtes obligé de « réfléchir » à ce que vous faites et vous accordez donc moins d’attention à votre adversaire n.d.t]

Étant donné que nos réponses sont très influencées par notre entrainement et nos expériences passées, ces neurones miroirs fonctionnent mieux lorsque nous faisons face à des adversaire qui ont un entrainement et des expériences équivalentes. Dés que nous passons des barrières culturelles ou sexuelles les réponses de nos neurones miroirs devront être accompagnées d’une réflexion fondée sur les informations que nous avons stockées et nos expériences passées. Ce qui est un processus beaucoup plus lent.

C’est pourquoi les mouvements naturels et en apparence anodin d’un pratiquant de Systema sont plus difficiles à analyser pour l’adversaire dont le temps de réaction sera retardé [ou comme le disent nos instructeurs, « quand il voit ton poing, il est déjà dans sa gueule n.d.t]. Cela va troubler votre adversaire et votre action sera « invisible » à ses yeux jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Le temps passé à analyser vos intentions retarde d’autant sa réaction. C’est ce qui rend une action « invisible ». Le cerveau de votre adversaire ne peut pas saisir le but de votre mouvement. C’est le cerveau qui « voit » (les yeux ne font que transmettre un signal lumineux) et dans ce cadre les mouvements du pratiquant de Systema peuvent être considérés comme « invisible ».

Les expressions du visage sont particulièrement intéressantes à analyser car elles sont crées par deux parties du cerveau : le cortex prémoteur (qui gère le mouvement) et le cortex insulaire (qui emmagasine et traite les émotions). En d’autres mots elles sont le produit de notre conscient et de notre inconscient. Lorsque nous analysons les expressions faciales de quelqu’un nous le faisons par le biais de nos neurones miroir qui sont connectés aux mêmes parties du cerveau. Cela nous permet de lire les deux facettes de l’expression : consciente et inconsciente. C’est ainsi que nous pouvons voir quand une expression est forcée même si nous ne pouvons pas l’expliquer. Un sourire de façade est exactement cela, une façade. Cela fait partie de ces situations où vous devez vous fiez à votre instinct ! Rappelez-vous également que les postures du corps indiquent également l’état émotionnel de la personne observée.

Les neurones miroirs ne répondent pas qu’aux stimuli visuels, ils répondent au son, au toucher, à la température et aux symboles abstraits comme l’écriture et probablement les changements dans le champs électromagnétique. C’est de cette manière que nous pouvons apprécier un livre ou nous impliquer émotionnellement dans une histoire. C’est la raison pour laquelle certains sons nous font dresser les cheveux sur la tête ou au contraire nous relaxe. C’est également la raison pour laquelle certains contacts nous semblent agressifs alors que d’autres semblent inoffensifs.

[…]

En plus des stimulis extérieurs, nos neurones miroirs peuvent également être stimulé par notre imagination. C’est ce qui arrive lorsque nous rêvons éveillé et que nous visualisons un combat par exemple. Nous le vivons intérieurement : activation des hormones, émotions, etc…

Un article supplémentaire pour ceux que ça intéresse…

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A propos alexandresystema

Pratiquant de Systema assidu et traducteur occasionnel
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