Systema et neurones miroir : applications (2/2)


par le Dr Andrea Bisaz (juillet 2012)

Source : Russian Martial Art

Traduit par Alexandre Jeannette

Comment pouvons nous utiliser les connaissances décrites dans l’article précédent dans notre entrainement ?

1. Le calme

Le premier aspect et sans doute le plus important est que nous devons nous entrainer calmement (en étant décontracté). La présence de tension dans notre esprit, quelle que soit son origine (peur, impatience, etc.), va inhiber l’action des neurones miroir et donc nous empêcher de nous « connecter » à notre adversaire et de le jauger correctement.

Le comportement et l’agressivité de votre adversaire peut-être contagieuse et il convient de minimiser ce phénomène en prenant conscience de ce qui provoque cette contagion chez vous. Il est important de découvrir quels sont les émotions et les réactions qui vont engendrer du stress en nous. Le Systema propose de nombreux exercices de respiration qui peuvent nous aider à découvrir et surmonter les causes de cette « contagion ».

Lorsque vous travaillez sur vos réactions vous travaillez également sur ce qui les provoque. Un entrainement qui ne vous propose que des techniques statiques hors-contexte (sans être reliées à des menaces physiques) va diminuer votre temps de réaction.

Dans le Systema nous avons tendance à travailler en mode « jeu » ce qui signifie que notre réponse est reliée aux mouvements de notre partenaire. C’est impératif pour diminuer le temps de réaction dans l’apprentissage du combat.  C’est ce que nous pouvons voir chez des lionceaux qui « jouent » à se chasser les uns les autres. Si nous utilisons de temps en temps des stimulis réalistes nous pourrons entrainer une réponse calme à une action agressive en intervenant entre l’action de nos neurones miroirs et notre réponse.

C’est  pourquoi nous nous frappons si souvent [à l’entrainement n.d.t] afin de réduire la tension induite par la peur et entrainer des réponses calmes aux menaces physiques.

2. Observation

On nous apprends souvent à ne pas regarder directement un adversaire mais à utiliser notre vision périphérique. Cela prend tout son sens au milieu d’un combat car la vision périphérique se focalise davantage sur le mouvement que sur des expressions ou des formes spécifiques et entraine une relaxation psychologique. La vision périphérique nous permet également de suivre plusieurs agresseurs tout en continuant à activer nos neurones miroirs. Il y a toutefois des situations ou l’observation du visage et du corps nous permettra d’obtenir des informations plus pertinentes. C’est par exemple important lors des interactions sociales et quand nous essayons de désamorcer une situation. Pour faire simple : faites preuve de bon sens.

3. Mouvement

L’un des principes les plus efficaces et les plus fascinants du Systema est l’utilisation de mouvements anodins là où une personne va traditionnellement utiliser de l’agression et de la tension. Comme nous pouvons le voir à partir de notre connaissance des neurones miroirs c’est très malin à plusieurs niveau :

_Premièrement nous provoquons de la confusion chez notre adversaire qui tente de trouver  la logique de nos attaques. Mêmes les combattants expérimentés seront en difficultés car leurs réflexes de défenses ne seront pas activés correctement.

_Le calme de nos actions peut également réduire la vitesse des attaques adverses par contagion (grâce aux neurones miroirs) ce qui va réduire leur rythme et réduire l’agressivité de l’adversaire.

_Ces mouvements relâchés vont nous permettre d’accélérer en cas de besoin mais ils vont également améliorer la perception qu’ont nos neurones miroirs de l’adversaire. Nous ne faisons plus qu’un avec eux ce qui permet de les « lire » et d’anticiper leurs mouvements

_Une autre des qualités du Systema est l’idée de toujours « laissez trainer quelque chose ». En laissant des parties de votre corps en contact avec l’adversaire sans que le geste soit menaçant nous pouvons rapidement profitez d’une faille pour contre-attaquer, un peu comme un cheval de Troie.

Nous savons également d’après notre connaissance des neurones miroirs que nous apprenons d’abord via des mouvements grossiers qui ne seront pas toujours adaptés et souvent tendus. Plus nous devenons compétent plus nous pouvons affiner nos mouvements. C’est la raison pour laquelle un pratiquant expérimenté travaillera avec plus de précision et moins d’effort qu’un débutant.

4. Sensation et visualisation

Notre compréhension actuelle des neurones miroirs nous apprends qu’ils sont multimodaux : ils transmettent des informations visuelles, tactiles, odorantes, la thermique, auditive et bien plus encore. Il paraît donc judicieux de s’entrainer en utilisant tout nos sens au lieu de nous contenter de la vision (et de la réflexion). C’est pourquoi Mikhail [Ryabko] et Vladimir [Vasiliev] nous apprennent à ressentir plutôt qu’à réfléchir pendant l’entrainement (analyser avant et après l’entrainement et ressentir pendant l’entrainement).

Afin de ne pas surcharger votre système nerveux, soyez conscient de vos sens et en étant calme vous laisser votre esprit les prioriser. Faites attention durant l’entrainement à tout vos sens et aux informations qu’ils vous apportent. Vous pouvez sentir un adversaire avant de le voir, vous pouvez sentir sa chaleur corporelle, sa respiration… Utilisez-le à votre avantage en étant décontracté, calme et en tirant ainsi partie au maximum de l’action de vos neurones miroirs.

Notez également que la visualisation peut-être un bon complément pour votre entrainement, car cela active vos neurones miroirs alors que vous êtes « au repos ».

De plus n’oublions pas que lorsque nous faisons une erreur lors de l’entrainement nous gardons cette image en tête afin de pouvoir la corriger. C’est là toute l’élégance et la beauté de notre système nerveux.

L’apprentissage du Systema nous apprends à nous battre avec nos adversaires et non contre eux. Les informations nécessaires sont déjà  présentes dans notre cerveau, nous devons juste diminuer l’interférence consciente et permettre à notre entrainement de prendre le relai.

Notre cerveau est le lieu où se déroulent les confrontations et où se décide leur issue.

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A propos alexandresystema

Pratiquant de Systema assidu et traducteur occasionnel
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4 commentaires pour Systema et neurones miroir : applications (2/2)

  1. Richard Mugica dit :

    Merci Alex ! 😉

  2. Simon dit :

    Merci, Alex super de te voir de retour physiquement et avec de nouveaux articles;)

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