Conditions difficiles

par Konstantin Komarov (juillet 2012)

Source : Russian Martial Art

Traduit par Alexandre Jeannette

Dans les arts martiaux actuels, tout ce qui se déroule en dehors de la salle d’entrainement ou du dojo est considéré comme se déroulant dans des conditions difficiles. De notre côté ces termes font références à l’ensemble des facteurs qui limitent nos mouvements et notre perception.

Regardons de plus près deux de ces environnements : l’obscurité et l’eau.

L’obscurité a un impact considérable sur la manière dont nous percevons notre environnement et l’eau modifie nos mouvements. Notre entrainement peut énormément bénéficier de ces environnements en nous sortant de notre zone de confort.

Voici deux exercices très utiles (et simples) pour appréhender le travail dans ces conditions.

Se préparer au travail dans l’obscurité

Essayer l’exercice suivant pendant qu’il fait encore jour :

Mettez vous dans un parc ou une forêt. Marquer l’endroit où vous êtes à l’aide d’un objet quelconque (pierre, bâton, chapeau…), choisissez un arbre situer à 10 ou 15 pas de vous. Fermez vos yeux, essayez de rejoindre l’arbre puis revenez à votre point de départ. Une fois que vous y êtes parvenu, choisissez un second arbre, situé à 10 ou 15 pas du premier. Encore une fois fermez les yeux et dirigez-vous vers le premier arbre puis le second puis de nouveau vers votre point de départ. Si vous réalisez cet exercice confortablement après deux ou trois essais votre sens de l’orientation est excellent. La nuit sera toujours votre alliée.

Eau et frappes

Cette exercice devrait être pratiqué avec un partenaire. Ramassez 10 à 15 petites pierres puis avancer dans l’eau jusqu’à ce l’ensemble du corps situé sous la nuque soit immergé. Demandez alors à votre partenaire de jeter une pierre dans un rayon de 50 à 80 centimètres autour de vous. Votre tâche consiste à attraper les pierres avec une main en un seul mouvement. Vous commencez l’exercice avec les bras et les mains sous l’eau. Vous saisirez très rapidement les notions de trajectoire courte, de relaxation du corps, de la coordination musculaire et des réflexes : l’ensemble des éléments requis pour une frappe efficace.

Si vous arrivez à attraper 7 cailloux sur 10 vos frappes seront irrésistibles !

Oui, la vidéo est en anglais, ça vous entraine pour Toronto !

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Aller s’entraîner à Toronto

Pour ceux qui ne le savent pas encore, l’école de Vladimir Vasiliev se trouve au Canada, à Toronto.

Aller à Toronto

Air Canada propose, à mon avis, le meilleur rapport qualité/prix. Comptez au minimum 500 euros pour votre billet (plus au printemps et en été).

Pourquoi aller s’entrainer à Toronto ?

Nous avons la chance de pouvoir nous entrainer avec les fondateurs de notre style, c’est une opportunité assez rare. C’est un peu comme commencer l’Aïkido et pouvoir s’entrainer avec Ueshiba. Vladimir n’enseignera peut-être pas jusqu’à ses 80 ans il faut donc en profiter tant qu’il le fait encore.

Deuxième raison : il y a dans cette école un certains nombres d’instructeurs extrêmement compétents (Max Franz, Adam et Brendon Zettler, Igor Davidov…) sans parler des nombreux pratiquants qui s’entrainent là depuis des années. Le niveau est élevé, si vous pensiez être le roi du pétrole préparez-vous à vous faire botter le cul ^o^

Tout ces pratiquants vous feront un très bon accueil et n’hésiterons pas à vous donner de précieux conseils au cours de votre séjour.

La réputation de gentillesse de Vladimir n’est pas usurpée et il vous mettra à l’aise très rapidement.

Où se trouve la salle d’entrainement ?

Comme l’indique le site de Vladimir : 39 Glen Cameron Road, Thornhill. C’est une banlieue au nord de Toronto.

Comment s’y rendre ?

Sur la ligne Yonge-University-Spadina (bref, la ligne jaune) prendre un train northbound jusqu’au terminus Finch.

Une fois descendu du train suivez les panneaux TTC Buses et prenez alors un bus à destination de Steeles East (n°53) ou Steeles West (n°60).

Descendez à la station correspondante (Steeles East ou West, les bus indiquent à quelle station ils vont s’arrêter avant l’arrêt).

A partir de là continuez à remonter Yonge Street avec vos pieds, traversez un pont, tournez à gauche pour traverser un parking entouré de restos chinois et coréens et vous finirez par arriver au but (environ 15 minutes depuis l’arrêt de bus).

Combien de cours par semaine ?

En 2013 le planning propose 10 cours par semaine dont 2 cours consacrés à la respiration et à la condition physique (le planning est disponible sur le site de l’école).

La respiration étant la pierre angulaire du Systema ne passez pas à côté des cours qui lui sont dédiés, la qualité de votre travail au cours suivant sera tout autre !

Tarif : en 2013 un abonnement mensuel à l’ensemble des cours est d’environ 220$, n’hésitez pas à envoyer un mail (training@russianmartialart.com) si vous avez un doute où si vous avez d’autres demandes liées à l’entrainement.

Puis-je m’entrainer dans une autre école ?

Il se retrouve qu’Emmanuel Manolakakis (un excellent instructeur qui donnera bientôt un séminaire en France) à ouvert il y a 10 ans son club de Systema : le Fight Club. Et ça tombe bien, deux cours ne tombent pas en même temps que les cours chez Vladimir : le lundi et le mercredi, de 11h à 12h30. L’ambiance y est très bonne et je ne répéterais jamais assez qu’Emmanuel est un excellent pédagogue.

Quelle durée pour le séjour ?

Le décalage horaire (6 heures) fait que la 1ère semaine d’entrainement n’est pas la plus productive, donc au minimum 2 semaines. Un mois est la solution idéale que ce soit au niveau des tarifs de locations, des cartes de transports, etc.

Si vous allez également chez Emmanuel vous serez déjà à 17h d’entrainement par semaine, vous ne perdrez pas votre temps.

Où se loger ?

Pour une durée de deux semaine à un mois l’hôtel n’est sans doute pas la meilleure solution, des sites comme easyroomates ou airbn’b vous permettront de trouver votre bonheur. En termes de budget pour un mois prévoyez de 500 à 900 euros selon le niveau de confort que vous désirez (notez également que les tarifs augmentent à partir de mai pour tout l’été).

Prés de la salle d’entrainement ou plutôt près du centre-ville ? C’est à vous de voir : le quartier autour de la salle n’est pas franchement folichon mais être proche du centre-ville va singulièrement augmenter la durée du trajet jusqu’à la salle (mais vous serez mieux situé pour faire vos courses et visiter la ville). Si vous êtes près d’un métro dans le centre ville comptez au minimum 1 heure pour aller vous entrainer.

La langue

Il n’y a pas d’échappatoire : il va falloir vous mettre à l’anglais ! Pas de panique toutefois, le niveau requis pour suivre les cours est à la portée de tous. Mais si vous ne parlez pas un mot d’anglais cela va fortement diminuer l’intérêt du voyage pour vous. La plupart des mairies en France propose des cours d’anglais à des tarifs très abordables (inscriptions en septembre généralement). Ajoutez à cela quelques séries et films en VO pour habituer votre oreille et vous serez prêt.

Je pars avec un pote qui parle anglais ! Ce ne serait pas très gentil pour votre pote. La traduction simultanée est un exercice assez fatiguant sur la durée. Sans parler des contraintes que cela implique : il ne pourra pas toujours s’entrainer avec d’autres gens de la salle vu qu’il sera coincé avec vous et vous ne pourrez pas profiter des conseils donnés par d’autres partenaires. A éviter !

La ville

Quand vous allez chercher un guide sur Toronto vous en trouverez peu et pour une bonne raison : ce n’est pas une ville bien passionnante. Même les habitants (très sympathiques) avec qui j’ai pu discuter partagent cet avis, c’est vous dire. Pourquoi cet avertissement ? Parce que si vous comptez partir en couple ou en famille la déconvenue peut-être assez sévère pour ceux qui ne sont pas venus s’entraîner.

La solution ? Prévoir un petit budget voyage pour ceux qui vous accompagnent : Québec, Montréal, Chicago, New-York sont tout proche (en bus, train ou avion). Cela fera passer la pilule plus facilement !

Et les chutes du Niagara ? Mon avis tout personnel sur la question : faites l’économie du voyage, en ce qui me concerne j’ai vu un tout-à-l’égout entouré par des casinos et des chaines de Fast Food. Gardez plutôt votre argent pour faire un saut à Chicago.

Un bon guide de la ville ? Je suis parti avec l’édition 2004 du Lonely Planet Toronto (réédité en 2007), très complet mais en anglais. Sinon il existe un guide Petit Futé pas terrible mais mieux que rien. Pour les anglophones mettez l’excellent site Blog.to dans vos favoris.

Le coût de la vie

Au moment où je me suis rendu à Toronto (avril 2013) j’ai trouvé le coût de la vie assez élevé (à peu près semblable à Paris, parfois même plus cher). Pour ceux qui pensait ramener des litres de sirop d’érable à la maison vous pouvez oublier, il est plus cher qu’en France !

Les transports

Le réseau de transport de Toronto fonctionne bien dans l’ensemble et est assez complet (métro, bus, tramway). Pensez à prendre une carte d’abonnement au mois (environ 128$ en 2013), elle sera vite rentabilisée.

Le site des transports de la ville

Louer une voiture ?

Le centre-ville de Toronto est souvent très congestionné donc, a priori, je déconseillerais cette solution.

Si vous avez des questions à poser ou des précisions à apporter, n’hésitez pas, les commentaires sont là pour ça !

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Systema et neurones miroir : applications (2/2)

par le Dr Andrea Bisaz (juillet 2012)

Source : Russian Martial Art

Traduit par Alexandre Jeannette

Comment pouvons nous utiliser les connaissances décrites dans l’article précédent dans notre entrainement ?

1. Le calme

Le premier aspect et sans doute le plus important est que nous devons nous entrainer calmement (en étant décontracté). La présence de tension dans notre esprit, quelle que soit son origine (peur, impatience, etc.), va inhiber l’action des neurones miroir et donc nous empêcher de nous "connecter" à notre adversaire et de le jauger correctement.

Le comportement et l’agressivité de votre adversaire peut-être contagieuse et il convient de minimiser ce phénomène en prenant conscience de ce qui provoque cette contagion chez vous. Il est important de découvrir quels sont les émotions et les réactions qui vont engendrer du stress en nous. Le Systema propose de nombreux exercices de respiration qui peuvent nous aider à découvrir et surmonter les causes de cette "contagion".

Lorsque vous travaillez sur vos réactions vous travaillez également sur ce qui les provoque. Un entrainement qui ne vous propose que des techniques statiques hors-contexte (sans être reliées à des menaces physiques) va diminuer votre temps de réaction.

Dans le Systema nous avons tendance à travailler en mode « jeu » ce qui signifie que notre réponse est reliée aux mouvements de notre partenaire. C’est impératif pour diminuer le temps de réaction dans l’apprentissage du combat.  C’est ce que nous pouvons voir chez des lionceaux qui "jouent" à se chasser les uns les autres. Si nous utilisons de temps en temps des stimulis réalistes nous pourrons entrainer une réponse calme à une action agressive en intervenant entre l’action de nos neurones miroirs et notre réponse.

C’est  pourquoi nous nous frappons si souvent [à l'entrainement n.d.t] afin de réduire la tension induite par la peur et entrainer des réponses calmes aux menaces physiques.

2. Observation

On nous apprends souvent à ne pas regarder directement un adversaire mais à utiliser notre vision périphérique. Cela prend tout son sens au milieu d’un combat car la vision périphérique se focalise davantage sur le mouvement que sur des expressions ou des formes spécifiques et entraine une relaxation psychologique. La vision périphérique nous permet également de suivre plusieurs agresseurs tout en continuant à activer nos neurones miroirs. Il y a toutefois des situations ou l’observation du visage et du corps nous permettra d’obtenir des informations plus pertinentes. C’est par exemple important lors des interactions sociales et quand nous essayons de désamorcer une situation. Pour faire simple : faites preuve de bon sens.

3. Mouvement

L’un des principes les plus efficaces et les plus fascinants du Systema est l’utilisation de mouvements anodins là où une personne va traditionnellement utiliser de l’agression et de la tension. Comme nous pouvons le voir à partir de notre connaissance des neurones miroirs c’est très malin à plusieurs niveau :

_Premièrement nous provoquons de la confusion chez notre adversaire qui tente de trouver  la logique de nos attaques. Mêmes les combattants expérimentés seront en difficultés car leurs réflexes de défenses ne seront pas activés correctement.

_Le calme de nos actions peut également réduire la vitesse des attaques adverses par contagion (grâce aux neurones miroirs) ce qui va réduire leur rythme et réduire l’agressivité de l’adversaire.

_Ces mouvements relâchés vont nous permettre d’accélérer en cas de besoin mais ils vont également améliorer la perception qu’ont nos neurones miroirs de l’adversaire. Nous ne faisons plus qu’un avec eux ce qui permet de les « lire » et d’anticiper leurs mouvements

_Une autre des qualités du Systema est l’idée de toujours « laissez trainer quelque chose ». En laissant des parties de votre corps en contact avec l’adversaire sans que le geste soit menaçant nous pouvons rapidement profitez d’une faille pour contre-attaquer, un peu comme un cheval de Troie.

Nous savons également d’après notre connaissance des neurones miroirs que nous apprenons d’abord via des mouvements grossiers qui ne seront pas toujours adaptés et souvent tendus. Plus nous devenons compétent plus nous pouvons affiner nos mouvements. C’est la raison pour laquelle un pratiquant expérimenté travaillera avec plus de précision et moins d’effort qu’un débutant.

4. Sensation et visualisation

Notre compréhension actuelle des neurones miroirs nous apprends qu’ils sont multimodaux : ils transmettent des informations visuelles, tactiles, odorantes, la thermique, auditive et bien plus encore. Il paraît donc judicieux de s’entrainer en utilisant tout nos sens au lieu de nous contenter de la vision (et de la réflexion). C’est pourquoi Mikhail [Ryabko] et Vladimir [Vasiliev] nous apprennent à ressentir plutôt qu’à réfléchir pendant l’entrainement (analyser avant et après l’entrainement et ressentir pendant l’entrainement).

Afin de ne pas surcharger votre système nerveux, soyez conscient de vos sens et en étant calme vous laisser votre esprit les prioriser. Faites attention durant l’entrainement à tout vos sens et aux informations qu’ils vous apportent. Vous pouvez sentir un adversaire avant de le voir, vous pouvez sentir sa chaleur corporelle, sa respiration… Utilisez-le à votre avantage en étant décontracté, calme et en tirant ainsi partie au maximum de l’action de vos neurones miroirs.

Notez également que la visualisation peut-être un bon complément pour votre entrainement, car cela active vos neurones miroirs alors que vous êtes « au repos ».

De plus n’oublions pas que lorsque nous faisons une erreur lors de l’entrainement nous gardons cette image en tête afin de pouvoir la corriger. C’est là toute l’élégance et la beauté de notre système nerveux.

L’apprentissage du Systema nous apprends à nous battre avec nos adversaires et non contre eux. Les informations nécessaires sont déjà  présentes dans notre cerveau, nous devons juste diminuer l’interférence consciente et permettre à notre entrainement de prendre le relai.

Notre cerveau est le lieu où se déroulent les confrontations et où se décide leur issue.

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Bonnes fêtes à tous !

Amis lecteurs et pratiquants de Systema, je vous souhaite à tous de bonnes fêtes de fin d’année !

2013 s’annonce bien, les séminaires de Systema vont s’enchaîner : Valentin Talanov, Konstantin Komarov, Kwan Lee, Sonny Puzikas, Emmanuel Manolakakis

C’est noël toute l’année !

Et cette année la preuve que l’Armée Rouge a également inventée le rock’n roll.

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Systema et neurones miroir (1/2)

par le Dr Andrea Bisaz (juillet 2012)

Source : Russian Martial Art

Traduit par Alexandre Jeannette

Note du traducteur : désolé pour ma longue absence. Je reviens avec un excellent article du Dr Andrea Bisaz. Il est relativement technique mais la vidéo située en fin d’article devrait vous aider à bien saisir ce que sont ces fameux neurones miroirs (vous pouvez sélectionner les sous-titre en bas à droite). J’ai fait quelques coupes dans le texte original (3 trois paragraphes) afin d’obtenir le texte le plus clair possible. Les paragraphes concernés entraient dans un niveau de détails qui ne nous semblait pas nécessaire à la compréhension du sujet. La deuxième partie de cette article passera en revue les applications pratiques des principes exposés ici. Bonne lecture !

Il est toujours intéressant de voir qu’une observation attentive du comportement humain peut déboucher sur des principes de combat à la fois efficaces et discrets. Ce dont je vais parler n’a rien de nouveau pour les pratiquants expérimentés, nous avons déjà entendu Mikhail Ryabko et Vladimir Vasiliev parler de ces principes à de nombreuses reprises. Ce qui est en revanche fascinant c’est de voir que les recherches actuelles en neurosciences valident ces principes. Comprendre de manière simple comment les choses fonctionnent (ou pourraient fonctionner) dans le système nerveux peut nous permettre d’avoir un entrainement plus précis et plus fructueux.

Vous êtes vous déjà demandé de quelle manière nous pouvions percevoir les mouvements des gens, leurs intentions et leurs émotions ? Comment nous pouvions interpréter les expressions faciales d’autrui et contrôler l’expression de nos propres émotions ? Peut-on vraiment se fier à notre intuition ? Qu’est-ce qui rend nos mouvements visibles ou invisibles ? Comment nos pensées conscientes et notre tension interfère avec nos actions intuitives subconscientes ? Où la volonté de combattre prend-elle sa source ?… Pour résumer : qu’est-ce qui est à l’origine de l’efficacité du Systema ?

Les réponses à ces questions ont une chose en commun : les neurones miroirs.

Jusqu’à présent nous pensions que les intentions et les mouvements de notre adversaire étaient évalués de la manière suivante : nous observons notre adversaire puis nous en créons une image mentale. Ses déplacements et ses expressions sont ensuite analysés par le biais d’un raisonnement intellectuel. Ce raisonnement est fondé sur nos connaissances et notre vécu. La découverte des neurones miroir nous a montré que notre cerveau a des moyens beaucoup plus élégant et efficace d’atteindre ce résultat.

Pour résumer, lorsque nous observons une autre personne notre cerveau "imite" immédiatement les mêmes actions que cette personne en utilisant les neurones miroir. Cette imitation ne se traduit pas dans les muscles et se fait de manière inconsciente. Tout le reste en revanche, fonctionne comme si nous étions en train d’accomplir la même action. Nos cerveaux vont activer des hormones et relier à ce mouvement des émotions, des sentiments et des souvenirs comme si vous nous venions de faire le même. La seule sensation consciente que l’on peut avoir (le cas échéant) est une intuition. Cette méthode élégante nous permet de comprendre immédiatement l’intention de l’adversaire via nos propres intentions, celles que nous aurions en utilisant les mêmes mouvements, les mêmes expressions faciales, etc.

Comme nous l’avons vu dans mon précédent article notre cerveau créé une réponse à l’action observée et réfléchie par les neurones miroirs avant même que nous en soyons conscient. Si nous parvenons à rester calme et relaxé, notre cerveau passe en "pilote automatique". Au moment où nous réagissons notre cerveau est déjà en action : nos actions se mêlent à celles de l’adversaire. Afin de pouvoir activer nos muscles et éviter la confusion notre cerveau a des zones spécialisées qui suivent nos mouvements et les distinguent des mouvements réfléchies par les neurones miroirs [en gros, notre cerveau pensent gentiment à faire la distinction entre nos mouvements et ceux de l'adversaire n.d.t].

Il est intéressant de noter que si la réaction de notre corps correspond à ce qui était voulu, l’image de nous même dans le cerveau disparaît ce qui nous permet de nous consacrer totalement à notre adversaire. La seule image active dans notre cerveau est celle de notre adversaire. En revanche si nous faisons une erreur ou sommes surpris, la visualisation de notre action demeure, nous donnant l’opportunité d’apprendre et de rectifier notre erreur. Notre système nerveux est constamment en train d’observer nos performance et de les comparer à nos attentes. [Pour résumer : si ce que vous faites fonctionne correctement vous cessez de pensez à ce que vous êtes en train de faire ce qui vous permet de concentrer toute votre attention à votre adversaire. Si vous faites une boulette vous êtes obligé de "réfléchir" à ce que vous faites et vous accordez donc moins d'attention à votre adversaire n.d.t]

Étant donné que nos réponses sont très influencées par notre entrainement et nos expériences passées, ces neurones miroirs fonctionnent mieux lorsque nous faisons face à des adversaire qui ont un entrainement et des expériences équivalentes. Dés que nous passons des barrières culturelles ou sexuelles les réponses de nos neurones miroirs devront être accompagnées d’une réflexion fondée sur les informations que nous avons stockées et nos expériences passées. Ce qui est un processus beaucoup plus lent.

C’est pourquoi les mouvements naturels et en apparence anodin d’un pratiquant de Systema sont plus difficiles à analyser pour l’adversaire dont le temps de réaction sera retardé [ou comme le disent nos instructeurs, "quand il voit ton poing, il est déjà dans sa gueule n.d.t]. Cela va troubler votre adversaire et votre action sera "invisible" à ses yeux jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Le temps passé à analyser vos intentions retarde d’autant sa réaction. C’est ce qui rend une action "invisible". Le cerveau de votre adversaire ne peut pas saisir le but de votre mouvement. C’est le cerveau qui "voit" (les yeux ne font que transmettre un signal lumineux) et dans ce cadre les mouvements du pratiquant de Systema peuvent être considérés comme "invisible".

Les expressions du visage sont particulièrement intéressantes à analyser car elles sont crées par deux parties du cerveau : le cortex prémoteur (qui gère le mouvement) et le cortex insulaire (qui emmagasine et traite les émotions). En d’autres mots elles sont le produit de notre conscient et de notre inconscient. Lorsque nous analysons les expressions faciales de quelqu’un nous le faisons par le biais de nos neurones miroir qui sont connectés aux mêmes parties du cerveau. Cela nous permet de lire les deux facettes de l’expression : consciente et inconsciente. C’est ainsi que nous pouvons voir quand une expression est forcée même si nous ne pouvons pas l’expliquer. Un sourire de façade est exactement cela, une façade. Cela fait partie de ces situations où vous devez vous fiez à votre instinct ! Rappelez-vous également que les postures du corps indiquent également l’état émotionnel de la personne observée.

Les neurones miroirs ne répondent pas qu’aux stimuli visuels, ils répondent au son, au toucher, à la température et aux symboles abstraits comme l’écriture et probablement les changements dans le champs électromagnétique. C’est de cette manière que nous pouvons apprécier un livre ou nous impliquer émotionnellement dans une histoire. C’est la raison pour laquelle certains sons nous font dresser les cheveux sur la tête ou au contraire nous relaxe. C’est également la raison pour laquelle certains contacts nous semblent agressifs alors que d’autres semblent inoffensifs.

[...]

En plus des stimulis extérieurs, nos neurones miroirs peuvent également être stimulé par notre imagination. C’est ce qui arrive lorsque nous rêvons éveillé et que nous visualisons un combat par exemple. Nous le vivons intérieurement : activation des hormones, émotions, etc…

Un article supplémentaire pour ceux que ça intéresse…

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Sans peur

par Konstantin Komarov (décembre 2011)

Source : Russian Martial Art

Traduit par Alexandre Jeannette

La vie d’aujourd’hui est pleine de peur. Nous avons peur de tout le monde. Branchez votre télé et vous serez submergé d’horreurs. Allez sur internet et vous aurez une nouvelle ration de cauchemars. Faites un tour à votre banque ou dans un magasin et vous entendrez les mêmes sujets revenir dans les conversations : la crise financière, l’augmentation de la criminalité, l’inflation, les impôts, l’instabilité sociale, la hausse des prix, la hausse du chômage, etc. Même la personne la plus optimiste aura du mal à ne pas être affectée par cette agitation et ces préoccupations qui affecteront forcément son humeur et créeront des pensées négatives.

Pourtant il n’en a pas toujours été ainsi ! Il y a juste un siècle on trouvait encore des gens qui s’établissaient à la bordure de la civilisation et se construisait une nouvelle vie sans le bénéfice de l’eau courante et de l’électricité, sans téléphone portable, sans ordinateurs, sans services de police ou de secours. Pourquoi n’avaient-ils pas plus peur ? Qu’est-ce qui a fondamentalement changé ?

Nous sommes devenus des gens paralysés par la peur. Nous n’avons plus confiance en nous et en nos capacités. Promouvoir la peur est devenu un business important (et lucratif). Vous pouvez maintenant acheter un « remède » à pratiquement toutes les peurs : peur de la mort, de la maladie ou de perdre votre maison ? Achetez une assurance ! Peur de perdre votre statut social ? Achetez une jolie voiture ! Peur des caries ? Achetez ce dentifrice ! La liste est sans fin.

Nous pouvons choisir d’accepter une vie pleine de peur ou nous pouvons prendre du recul, regarder autour de nous et décider consciemment d’emprunter une autre voie. Nous pouvons apprendre, non pas à projeter l’image de quelqu’un de confiant et dénué de peur mais à atteindre et conserver un état de calme véritable même face à des pressions multiples.

La peur rend un homme instable, tendu et fragile. La peur nous étouffe. Nous devons apprendre à ne plus avoir peur. Le principe fondamental du Systema est cette libération graduelle des peurs humaines, les grandes comme les petites. Le Systema donne les fondations pour cette liberté… Une voie vers une vie sans peurs, où l’on peut respirer pleinement sans appréhension vis-à-vis du monde extérieur, où l’on peut-être un homme.

Si nous ne travaillons pas dans le but de nous confronter à nos peurs, si nous ne les sortons  pas du plus profond de notre être pour les exposer en pleine lumière alors nous limitons notre progression dans notre entraînement et notre vie.

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Séminaires de Systema en Europe – Un court entretien avec Vladimir Vasiliev

Par Vladimir Vasiliev et un interviewer inconnu (mai 2012)

Source : newsletter de Russian Martial Art

Traduit par Alexandre Jeannette

M. Vasiliev vous venez de rentrer après avoir donner deux séminaires : un à Paris en France et l’autre à Hambourg en Allemagne. Chaque événement a rassemblé plus de 150 participants. Avant que des compte-rendus détaillés et des vidéos ne soient mis en ligne pouvez-vous partager avec nous vos impressions ?

J’ai trouvé qu’en dépit du nombre important de participants il est devenu plus facile d’enseigner le Systema. Cela est dû au fait que beaucoup de gens voient la profondeur de cet entrainement. Il y a moins d’intérêt superficiel pour les « trucs » et les techniques, les gens réfléchissent et analysent plus. Un plus grand nombre de gens est maintenant prêt à se dépasser en travaillant plus en profondeur. Il y a eu une excellente atmosphère de travail dans chaque séminaire.

Le Systema se développe rapidement. Quels sont les objectifs de l’entrainement et du développement de cet art ?

Tout récemment, nous avons abordé le sujet avec Mikhail Ryabko. Les objectifs du Systema sont les mêmes que ceux de notre vie de tout les jours. Pour ceux qui sont croyants, on peut dire que dans tout ce que nous faisons, nous tentons de glorifier Dieu. Pour ceux qui ne le sont pas (ou n’en sont pas sûr) on peut dire que nous nous entrainons pour être en meilleur santé et plus fort et donc pouvoir donner plus de choses aux gens qui sont autour de nous. Nous nous entrainons pour comprendre nos limites mais pas pour nous décourager car le Systema nous donne les outils qui permettent de dépasser ces faiblesses. Nous obtenons ainsi la joie associée à la force, au courage et à l’humilité.

Y-a-t-il un sujet que vous avez couvert à Paris et à Hambourg que vous aimeriez mentionner ?

Les frappes et les coups de poing ont été un sujet majeur au cours de ces séminaires. Aussi bizarre que cela puisse paraître nous avons pu voir que nous apprenons à frapper correctement si nous apprenons à faire une pompe correctement. Les participants sauront de quoi je parle. Plutôt que d’en faire un exercice musculaire ennuyeux nous utilisons les pompes pour nous débarrasser de nos tensions et accumuler dans nos poings de la précision et de la puissance.

Que pouvez-vous dire aux gens qui n’ont pas la possibilité de voyager pour venir s’entraîner avec vous aux séminaires ou à votre école à Toronto ?

Il y a beaucoup d’options pour tout le monde : nos DVDs, des centaines d’instructeurs certifiés et d’écoles partout dans le monde, il y a également des milliers de groupes d’entrainements informels (listés sur la page Training Partners de notre site, classé par pays). Nous avons également un programme de correspondance vidéo où les gens peuvent m’envoyer un clip et obtenir ainsi un feedback et des conseils sur leur travail.

J’aimerais également exprimer ma profonde gratitude aux organisateurs des séminaires :

Tout d’abord Jérôme Kadian de Systema France, un des instructeurs de Systema les plus expérimentés et mon ami depuis 1998 pour son incroyable hospitalité et l’organisation du séminaire.

Ensuite Jörg Wagener, l’instructeur principal de Systema Hambourg et son co-instructeur Christian pour avoir fait de ma première visite à Hambourg un séjour agréable.

Merci à tout les participants de ces séminaires pour le plaisir de vous avoir rencontrer et d’avoir pu partager le Systema avec vous, pour votre enthousiasme, le sérieux de votre travail et vos excellents résultats.

J’attends avec intérêt les prochains entrainements et les prochaines rencontres

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